Deux extraits des « plaines de Mayjong » pour vous donner envie de me lire !

Non vous ne vous êtes pas trompé, vous êtes bien sur mon blog ! Emma Cornellis ou Marie-Emmanuelle Vaca, c’est bien une seule et même personne ! Pour les curieux, le patronyme que je me suis choisi est hollandais, un petit clin d’œil à mon « pays de cœur ».

Si vous êtes arrivée sur ce blog c’est pour avoir plus de détails sur mon premier livre « Les plaines de Mayong », alors quoi de mieux qu’un extrait :

extrait du chapitre 1 : Tao

Elle se réveille.

Un rayon de soleil réchauffe son corps engourdi par le froid. Il danse sur son visage, elle sourit sans ouvrir les yeux. Un sentiment de bien-être l’envahit, elle s’étire, les yeux toujours clos, comme pour prolonger ce moment.

Lentement elle sort de sa torpeur, les rêves éclatent comme des bulles de savon, ne laissant que des souvenirs d’images, des impressions aux couleurs vives qui disparaissent avant qu’elle n’ait pu s’en saisir.

Elle soulève enfin ses paupières. Gênée par la clarté, elle se tourne, abandonnant sa nuque au rayon intrus. Ses yeux scrutent la pénombre. Un mur de toile circulaire, un sol de terre battue, des couvertures bariolées, des ustensiles de cuisine en céramique.

Elle se redresse d’un bond, sa tête touche presque la base du toit conique de la tente. Oui, elle se trouve bien dans une tente, une petite tente de trois ou quatre mètres de diamètre, avec une ouverture au sommet pour laisser entrer la lumière.

Un cri muet traverse son esprit, que fais-je ici ? Désorientée, elle se rassoit sur la couverture qui lui a servi de lit.

Si je ferme les yeux, tout va disparaître.

Paupières closes, elle compte jusqu’à dix, rouvre les yeux, rien n’a changé. Elle recommence, une fois, deux fois, jusqu’à en perdre le compte. Je ne devrais pas être ici, se répète-t-elle avec insistance.

Soudain elle se fige : Pourquoi ne devrais-je pas être ici ? Elle a beau fouiller sa mémoire, pas de réponse.

Son regard se pose à nouveau sur l’endroit qui lui paraît si étrange, le bien-être qu’elle a ressenti en se réveillant est toujours présent. Je ne reconnais rien, pense-t-elle et pourtant tout est si familier, si apaisant. Elle frissonne.

Malgré le soleil qui entre par le toit, l’air est frais, comme si le jour venait de se lever. Elle s’enveloppe avec la couverture.

Réfléchir calmement.

Sa mémoire reste vide. Imperceptiblement, elle se rend compte que le silence n’est pas absolu. De l’extérieur arrivent des sons, assourdis par le feutre épais de la tente. Des tintements métalliques et tranquilles, qui ne réveillent aucun souvenir. Des animaux. Elle finit par mettre une image sur les gémissements tremblotants : des moutons ?

Curieuse, elle se lève pour sortir. C’est alors qu’elle remarque aussi les vêtements qui l’habillent. Une tunique bleue, grossièrement découpée dans un tissu rêche, lui descend jusqu’aux genoux, et un pantalon noir de matière identique s’enfonce dans des bottes de cuir trop grandes pour ses pieds. De toute évidence, ces hardes, qu’elle ne reconnaît pas, ne sont pas les siennes.

Elle tâtonne la paroi à la recherche d’une ouverture, soulève un lourd pan d’étoffe et se retrouve dehors, médusée par le spectacle qui l’accueille.

La plaine. À perte de vue, une végétation foisonnante où mille teintes de vert se mêlent aux reflets dorés du soleil encore bas sur l’horizon. Et dans ce pâturage sans fin, des moutons paissent tranquillement. Certains portent un collier orné de cloches, tintinnabulant au gré de leurs pas. En tournant la tête, elle peut voir loin derrière la tente, un monticule rocheux au sommet nu et râpé qui surplombe le paysage comme un gardien solitaire.

Soudain, elle tressaille de surprise. À quelques pas d’elle, devant un feu de braises endormies, un homme assis lui tourne le dos.

— Bonjour ! dit-il, en entendant ses pas.

Elle s’approche intriguée, s’accroupit en face de l’inconnu qui n’a pas bougé.

Très jeune, il est vêtu comme elle, mais ses bottes, fatiguées et râpées, sont pleines de boue. Malgré cette pauvre apparence, elle est immédiatement troublée par son aspect.

La lumière matinale peint des reflets bleus dans ses cheveux noirs qui tombent en mèches désordonnées sur son visage, comme pour occulter sa beauté. Il a des yeux aussi sombre que sa chevelure et légèrement bridés, une bouche au lèvres pleines et lorsqu’il lui sourit, une fossette se creuse sur sa joue gauche.

Sous sa tunique croisée, elle entrevoit son corps ; sa peau est dorée comme le jour qui est en train de se lever.

Gêné par le regard insistant de la jeune fille, il remonte la capuche de son vêtement sur sa tête

— Bonjour, répète-t-il en lui tendant une timbale métallique pleine d’un liquide chaud, du thé ?

Elle boit doucement, réchauffant ses mains contre la tasse brûlante.

Du thé ! Elle ne sait pas pourquoi, mais le nom et la saveur légèrement amère lui sont familiers.

— Je m’appelle Tao. Vous avez bien dormi ?

La question du jeune homme la tire de sa rêverie. Ses paroles tintent étrangement à ses oreilles, et les mots ressemblent à une suite de syllabes décousues dénuées de tout sens. Pourtant, elle finit par répondre.

— Oui. Enfin, je ne me souviens plus. Sa voix est rauque, hésitante, comme si elle reparlait après des jours de silence. Où suis-je ? demande-t-elle.

— Sur les pâturages du seigneur To’Wong, à un jour de marche du village de Mayjong.

Elle soupire, tous ces noms ne veulent rien dire pour elle.

— Je ne sais plus qui je suis ! Je ne reconnais pas cet endroit !

— Je peux peut-être vous aider ?

Elle lui coupe la parole pleine d’espoir :

— Tu me connais ?

— Non ! Je vous ai trouvée, hier soir. Enfin, pour être plus juste, c’est lui qui vous a trouvée, dit-il en désignant un chien tout pelé qui somnole non loin du feu. Vous dormiez sur la plaine, pas très loin d’ici.

— Je dormais ?

— Oui. C’était étrange. Vous n’aviez aucun bagage, aucun cheval, pas même une couverture pour vous protéger. Vous étiez nue, ajoute-t-il en baissant les yeux avec embarras. Mais vous dormiez, aussi bizarre que cela paraisse, allongée dans l’herbe, la tête posée sur vos mains.

— J’étais nue ? Elle regarde incrédule les vêtements qu’elle porte.

— Ce sont mes vêtements.

Un instant troublée à l’idée qu’il ait pu la voir dans le plus simple appareil, elle réoriente son interrogatoire :

— J’étais évanouie, inconsciente ?

— Non ! Vous dormiez. Je sais reconnaître une personne endormie. Le teint vif, la respiration calme, en plus, vous souriiez, pourtant, je n’ai pu vous réveiller. Alors, je vous ai portée jusqu’à mon ger[1] et j’ai attendu.

— Et ?

— Et c’est tout ! Vous avez faim ?

Il lui tend un morceau de pain dont elle se saisit machinalement.

Le garçon se renferme dans son silence. Il ne peut expliquer la présence de cette jeune fille endormie nue, si près de son campement. À un endroit mille fois foulé par les bêtes et lui-même depuis qu’ils sont installés là. C’est comme si elle avait été déposée en pleine nuit pour qu’il la découvre au petit matin. Il sait bien que c’est impossible, les chiens n’ont pas aboyé et aucune caravane n’est passée […]

Extrait du chapitre 2 : Pauline

Elle se réveille.

Un grésillement continu et irritant s’insinue dans sa tête. Le bruit métallique se superpose aux images venues du plus profond de son sommeil. Son oreille reconnaît le son familier du vieux radio-réveil qui crachote maintenant une musique à peine reconnaissable.

Elle s’étire, un sourire aux lèvres, et se blottit à nouveau sous la couette. Il lui faut quelques minutes pour se sentir enfin réveillée. « J’ai fait un drôle de rêve », pense-t-elle. Un rêve qui lui laisse un sentiment de bien-être étrange mais dont il lui est impossible de se rappeler de la moindre image.

Elle ferme les yeux de nouveau, se concentre, mais rien. Frustrée, elle arrête le radio-réveil d’un coup de poing. Il est déjà huit heures, elle n’a plus que trois quart d’heure pour se préparer, déjeuner et aller en cours.

Pourtant, comme toujours, elle s’éternise sous le jet trop chaud de la douche. Elle finit par s’extirper de la cabine transformée en sauna, et enfile un jeans, un pull beige trop grand par-dessus un chandail rouge, et, satisfaite du résultat, se regarde dans le petit miroir de la salle de bain : Une frange de cheveux noirs cache ses yeux noisette et contraste joliment avec la blancheur de son visage.

Elle souligne son regard d’un trait de crayon, tente de masquer son nez trop large sous un fond de teint léger, hésite à mettre un peu de rouge sur sa bouche aux lèvres fines.

Une bouche d’actrice de film muet pense-t-elle, riant intérieurement de sa trouvaille. Elle se dessine un sourire écarlate et s’amuse un instant à être star du muet, prend un air amoureux, apeuré, outré ou vertueux.

Non vraiment le maquillage ce n’est pas pour elle ! De l’eau, du savon et la star disparaît. Elle sourit de nouveau à son reflet humide. Allez, tu n’es pas si moche, se dit-elle en calant des petites lunettes rondes sur son nez.

On frappe à la porte. Certainement Fabienne qui vient la chercher pour aller en cours.

— J’arrive ! crie-t-elle en saisissant son cartable de cuir et son imperméable d’homme, deux fois trop grand pour elle.

Fabienne, emmitouflée dans un manteau de tweed pied de poule, un bonnet de laine beige enfoncé sur sa cascade de boucles brunes, attend patiemment dans le couloir que la porte s’ouvre. Elle accueille son amie avec un petit sourire sérieux.

— Encore du mal à se lever ! dit-elle en observant les cheveux mouillés de son amie.

— Pas du tout ! J’ai juste perdu mon temps à essayer de me maquiller. Complètement raté !

Les deux jeunes filles descendent l’escalier de la résidence universitaire pour se retrouver dans le froid matinal du printemps. Elles hâtent le pas le long du petit chemin qui se faufile entre les résidences jusqu’à l’université.

Pendant le trajet, comme à leur habitude, elles ne parlent guère, amies de longues dates, les silences gênants n’existent plus entre elles. Pauline regarde son amie avec une pointe d’envie. C’est une fille longue au visage volontaire et intelligent. Belle, sans pour autant ressembler à une gravure de mode. Le plus frustrant pense-t-elle, c’est qu’elle n’a besoin de rien pour se mettre en valeur.

— Moi le maquillage, observe Fabienne, comme si elle venait de lire dans les pensées de son amie, je n’en mets jamais avant midi ! le matin je n’y arrive pas !

— Et le jour où tu devras aller travailler ? être impeccable, fraîche et dispo dès neuf heures du matin ?

— On verra, je n’en suis pas encore là ! et je te signale, ajoute-t-elle l’œil inquisiteur, que l’on peut être efficace, compétente et présentable dès huit heures du matin quand on est cadre dans une grande boîte ! Fraîche et dispo ne fait pas partie de mon vocabulaire.

Pauline rit de bon cœur. L’assurance exagérée de son amie lui plaît, surtout le matin de bonne heure.

En passant le petit portail métallique qui donne accès à l’arrière de la faculté, les groupes d’étudiants se font plus nombreux. Des groupes taciturnes et lents qui semblent à peine sortis du lit.

Pauline marche sans voir les formes vêtues de grisaille. Elle est partie. Un pays lointain, une île peut-être, avec une plage de sable fin, un soleil aveuglant et un homme beau comme un dieu qui la prend dans ses bras.

Mais le paysage de rêve se déchire subitement, un choc violent et ses lunettes qui s’envolent. Elle vient de percuter l’une des formes en manteau noir. Une forme très grande, aux épaules larges et au sourire charmeur qui a rattrapé ses lunettes avant qu’elles ne s’écrasent. Elle murmure un « pardon » gêné et un « merci » rougissant, récupère ses lunettes en évitant les yeux de son obstacle et passe son chemin.

Il a fallu que ce soit lui ! Elle entend les rires et les commentaires amusés derrière son dos et se sent devenir rouge comme un feu de signalisation. Une main la rattrape au passage.

— Attends ! Où tu vas ? C’est Fabienne qui l’a rejointe, amusée.

— Je rêvais.

Son cœur retrouve peu à peu un rythme normal.

— On s’en est aperçu ! rit Fabienne. Tu as vu qui tu as percuté ? « le prince Albert » en personne ! le mec le plus irrésistible de la Fac ! Ta façon de draguer m’épate !

Elle prend un faux air sérieux avant de finir par se tordre de rire.

— Bon ça va, ça va ! Retiens-toi, tout le monde nous regarde !

— « Le prince Albert » aussi ? demande-t-elle innocente.

— Je ne sais pas ! Et arrête de l’appeler « Prince Albert », il risque de t’entendre !

Fabienne finit par se calmer et elles se dirigent vers l’amphithéâtre pour suivre leur premier cours de la journée. L’étudiant prénommé Albert s’y trouve déjà, installé tout au fond et entouré de sa bande habituelle de copains à majorité féminine.

Gênée, sentant son regard s’arrêter sur elle, Pauline va s’asseoir stratégiquement au milieu de l’amphi. Fabienne grogne un peu, préférant le devant de la scène où l’on entend mieux.

La professeure entre et se met à débiter son cours d’anglais, après un « bonjour » d’introduction. De sa voix monotone, elle garnit l’amphithéâtre de mots anglo-saxons pendant près d’une heure. Pauline écoute, prend des notes, dessine des fleurs dans ses marges, et baille d’ennui le plus discrètement possible jusqu’à ce que le cours s’achève enfin.

Plus tard, au restaurant de la faculté, assise à l’une des grandes tables en Formica vert et entourée d’étudiants bruyants, elle laisse de nouveau son esprit s’envoler. Les mots se superposent, les phrases deviennent inintelligibles, et le regard fixé dans son assiette, elle a l’impression d’être au cœur d’une tempête. La cacophonie qui l’entoure devient celle des éléments déchaînés et les silhouettes qui se meuvent à l’orée de son champ de vision, se transforment en houle soulevée par des vents sans merci. Elle en a presque la nausée.

— Ouh ! ouh ! tu rêves ? La voix de Fabienne la tire de nouveau sur la terre ferme.

— Ben oui ! Voyant l’air amusé de son amie, elle tente de lui expliquer sa drôle de découverte. Ferme les yeux, dit-elle, et écoute le son de la mer !

— Le quoi ? S’écrie Fabienne, manquant s’étouffer avec son poulet.

— Le son de la mer ! Tu as bien entendu ! Écoute et laisse-toi bercer par le bruit.

— Ma pauvre, tu débloques.

— Non ! Écoute, je t’assure !

— Bon ! Fabienne ferme les yeux un instant et les rouvre en riant :

— Si tu veux, mais moi j’entends plutôt un troupeau de moutons bêlants !

Pauline sourit. Son amie a raison. L’ambiance de la cantine évoque davantage un enclos à bétail qu’un océan furieux  […]

[1] Yourte en mongol.

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5 réflexions sur “Deux extraits des « plaines de Mayjong » pour vous donner envie de me lire !

  1. Le début semble prometteur et donne envie de connaître la suite….Je te souhaite de voir ton oeuvre publiée, c’est un super moment de joie, de fierté et de délivrance. Je l’ai vécu lors de la publication de mon Roman : « Pourquoi Maintenant ».

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  2. Le début semble prometteur et donne envie de connaître la suite. Je te souhaite de voir ton oeuvre Publiée. C’est un moment intense, où les sentiments de fierté, de joie et la sensation de délivrance s’entremêlent ! Je l’ai vécu avec la publication de mon Roman : « Pourquoi Maintenant » ?

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    1. On pourra parler bouquin alors, en marge du conseil de classe de nos enfants 😉 ! Je viens de rechercher ton livre sur google, le résumé me donne envie..
      La publication des « plaines de Mayjong » c’est pour le 15 février!

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